Croquis14a

ANALYSE : "Croquis 14a"

Avec cette page, nous allons commencer à nous intéresser à un aspect majeur des figures fictives : leur capacité à passer pour des éléments réels. Il est vrai que certains croquis abordés traitaient déjà de ce sujet. Ainsi, la bande fictive du Croquis 11a en arrivait à soulever dans les airs un bloc dessiné, tandis que la forme fictive du Croquis 12a déportait, en le faisant sortir de son rang, un volume vers la gauche. Mais cette fois, nous franchissons une étape supplémentaire : la figure fictive ne vient pas s’immiscer dans les trajectoires et l’espace défini par les formes dessinées, mais devient un support matériel.

Ainsi, étant totalement intégré à la forme fictive, le cube central de ce croquis semble soulevé dans les airs par une surface immatérielle. Mais, à bien y regarder, les contours subjectifs du carré ne sont pas en adéquation avec cette interprétation. À décrire ce carré, je devrais en effet le situer dans un plan vertical frontal, qui s’avance légèrement en avant des deux volumes inférieurs. Son orientation ne l’autorise donc pas à porter un cube, qui, étant lui-même placé de biais, ne peut être perçu comme étant fixé au carré.

Une seconde lecture vient alors se substituer à la première : cette figure fictive devient une feuille de papier sur laquelle serait dessiné un cube. Cette interprétation là n’est pas si aberrante. Essayez en effet de situer le cube central dans la profondeur de l’image : il ne semble ni posé au sol (alors qu’il pourrait le faire sans aucun problème), ni fixé au carré fictif (sa position de biais, lui interdisant cette situation). En fait, il réside dans un espace intermédiaire, comme si le carré fictif possédait son propre espace intérieur qui permet au cube central de venir s’y loger comme dans une boite. Situation connue depuis Giotto : la surface plane du mur devient le cube scénographique à l’intérieur duquel nous plaçons et répartissons les figures et les volumes.

Avec ce croquis, nous voyons que les figures fictives possèdent leur propre espace, qui, dans certaines conditions, les apparente à des feuilles de papier, à la surface desquelles nous pouvons dessiner des volumes, qui viennent s’inscrire dans l’espace qu’elles offrent aux formes.

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