Croquis14b

ANALYSE : "Croquis 14b"

Ce dessin reprend avec un degré de complexité supplémentaire le principe du croquis précédent. Voilà comment je vois cette image. Un premier carré fictif semble flotter à la verticale, en avant des quatre volumes qui le supportent. À l’intérieur de ce carré une scène est dessinée qui n’est ni tout à fait posée à la surface du carré, ni tout à fait posée au sol entre les quatre grands blocs. Cette scène flotte donc dans un entre-deux, une cavité qu’aurait creusée ce grand carré fictif dans l’image. Mais, il y a pire : cette scène reprend en abîme son contenant. Nous y voyons ainsi un petit carré fictif surgir en avant de quatre petits cubes qui le fondent. Mais cette mise en abîme ne se contente pas de jouer la Vache qui rit, puisque le problème à résoudre est de savoir où se situe le petit carré fictif par rapport au grand carré, tout aussi fictif, qui le contient.

L’hésitation qui nous étreint alors est facilement explicable : nous sommes devant un entre-deux de la représentation qui nous demande de choisir entre deux configurations spatiales. Lorsque je dirige mon attention sur le grand carré fictif, les formes qui y sont inscrites, semblent dessinées à sa surface, mais lorsque je m’attarde sur les blocs qui supportent le carré, ces mêmes formes tendent à reculer dans la profondeur du dessin en direction du sol, créant ainsi cet espace incertain, hésitant et fluctuant.

Ainsi, le petit carré fictif peut se situer à plusieurs endroits. Il peut tout d’abord surgir en avant du grand carré fictif, à la manière de ce dernier surgissant des volumes qui le supportent. Il peut ensuite se placer en avant des quatre petits cubes, tout en restant en arrière du grand carré fictif qui, telle une feuille de papier, le contient. Cette alternative là, contingente à n’importe quelle figure ambiguë, n’innoverait guère si la position du grand carré fictif n’étant elle-même propice à supputations, ne venait la redoubler. Cette Vache qui rit se rit donc de vous, mais d’une toute autre manière qu’une vulgaire pâte de gruyère. Car si la succession des têtes de bovidés pouvait nous conduire vers un infini de la profondeur, nous hésitons maintenant entre une profondeur indéfinissable et un surgissement incalculable : ni tout à fait au loin, ni tout à fait en avant. Cette image rebondit dans votre cerveau comme la balle du jeu de Jokari, et personne ne viendra couper l’élastique.

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