Croquis22a

ANALYSE : "Croquis 22a"

Avec les figures qui suivent, nous allons délaisser un moment le discours perceptif, qui nous a occupé jusqu’ici. De même, nous laisserons de coté le bricolage plastique qui est à l’origine de ces images pour aborder leur aspect expressif. Ce que je dirai de ces images ne plaira pas à ceux qui ne veulent pas voir plus loin que le bout de leur nez, en s’accrochant à une problématique de la perception évitant de s’intéresser à la fascination que ne manquent pas de provoquer les illusions d’optique. Mais, si vous avez l’honnêteté d’aller chercher les raisons qui, dans votre propre roman familial, peuvent expliquer l’intérêt démesuré que nous leur accordons, vous en apprendrez tant sur vous que vous n’aurez plus besoin d’aller vous allonger sur un divan.

Je me vois là avec mon frère, mais aussi ma mère et mon père. Je nous revoie dans cette addition d’individualités, dans les stratégies, tant militaires que géographiques, que chacun déployait pour défendre son territoire, dans cette juxtaposition mécanique qui pouvait tout aussi bien signifier le rêve d’une solidarité fantasmée que la réalité d’une solitude quotidienne.

Dans cette famille, nous étions, mon frère et moi, portés et réunis par une fiction. Élevés par un couple dont la distance suffisait à combler le désir de proximité. Et pourtant, élevés comme nous l’étions, portés dans les airs de cette construction fantasmatique, nous prospérions, reproduisant en abîme le modèle familial. Réunis, nous aussi, par une bande horizontale qui pouvait tout autant s’apparenter à un serrement de main qu’à un serment de haine, nous hésitions entre la fraternité et le combat, pouvant tout autant éviter que reconduire le schéma parental. Tout est là donc, en cette figure, qui en racontant une vie d’un point de vue personnel, se hisse bien au-dessus de l’illusion optique que chacun se contente d’y voir, afin de ne pas réveiller en un écho lointain, les fantômes des familles qui ont fondé la fiction de leur vie quotidienne.

RETOUR AU CARNET