Croquis6a

ANALYSE : "Croquis 6a"

Ce croquis traite encore, mais d’une autre manière, du conflit qui oppose la direction suivie par la figure fictive aux orientations des formes qui la supportent et qui la fondent. Cette autre manière ne tient pas au fait que cette image soit une figure semi-fictive. Ce qui distingue cette figure des croquis de la page précédente est qu’en l’absence de la forme semi-fictive, la disposition des blocs dessinés serait déjà ambiguë.

À respecter la règle de l’étagement, le volume supérieur doit se placer au sol et en arrière du parallélipède inférieur, du fait que sa base est plus haute dans l’image. Pourtant, malgré ce principe quasi universel de la représentation figurative, vous pouvez préférer le voir voler au-dessus du bloc inférieur. Paradoxalement, la colinéarité est encore à l’origine de ce tour de passe-passe. En observant les bords verticaux des deux volumes, vous ne pourrez manquer de remarquer leur alignement plastique : les bords extrêmes, qu’ils soient situés à gauche ou à droite, se poursuivent le long d’une même verticale. Cet alignement plastique, qui autorise et induit la colinéarité visuelle, nous permet de voir une masse conséquente s’élever dans les airs.

Mais cette première colinéarité vient se heurter à une seconde : celle de la poutre semi-fictive. Avec celle-ci, vous ne pouvez vous empêcher de poursuivre les lignes de la poutre peinte sur le premier bloc pour qu’elles rejoignent celles de la poutre peinte sur le deuxième. Ce faisant, à suivre la direction horizontale et fuyante de la poutre complète car complétée, vous vous obligez à renier votre vision d’un volume supérieur volant dans les airs à la verticale du premier parallélipède. En s’éloignant, la poutre ne peut qu’échelonner dans la profondeur de l’espace les volumes qui reçoivent ses deux extrémités.

Une colinéarité affronte donc l’autre, et quand bien même vous choisiriez comme beaucoup de poser les blocs au sol (ce qui sur notre terre semble une attitude plutôt raisonnable), vous vous heurteriez encore à un hiatus spatial : la direction oblique de la poutre contredit l’échelonnement en profondeur sur un axe frontal des deux volumes. En dépit de son incomplétude plastique notoire et de sa fragilité conceptuelle, cette poutre n’en arrive pas moins à déloger de leur place et à vaincre la prépondérante massivité des volumes sans lesquels elle n’existerait pas.

RETOUR AU CARNET